Histoire du lieu

Construite entre 1452 et 1462, sur la rive gauche de la rivière Aveyron, la chartreuse Saint-Sauveur de Villefranche-de-Rouergue était un monastère de moines-ermites obéissant aux strictes préceptes voulus par saint Bruno. Pendant plus de trois siècles, les pères et les frères vivaient selon des principes axés sur la solitude, le silence, la privation et le travail spirituel. Au cours de la Révolution Française, les religieux furent expulsés et la municipalité de Villefranche-de-Rouergue en prit rapidement possession afin de construire l’hospice qui s’est transformé en hôpital.

En 1450, Vézian Valette partit à Rome acheter des indulgences à l’occasion du jubilé fêté par le pape Nicolas V. Avant d’entamer son voyage, ce riche marchand drapier prit le soin d’écrire son testament. Dans ce document, il acta sa volonté de léguer l’intégralité de sa fortune aux Chartreux, à la condition qu’ils fassent élever un monastère de leur ordre dans la bastide. De plus, il demanda qu’une messe soit dictée quotidiennement, tant que les bâtiments existeraient, pour le repos de son âme et celui de son épouse. Frappé par la peste lors de son séjour en Italie, il mourut avant même de pouvoir retourner en Rouergue. Son épouse, Catherine Garnier, respecta les volontés de son défunt mari et fit en sorte que l’ordre récupère l’argent nécessaire au commencement des travaux.

La construction débuta en 1452, sous la direction de Richard de Condom, et fut poursuivie par les maîtres d’œuvre Conrad Rogier et Jean Coupiac.

Encore aujourd’hui, la chartreuse Saint-Sauveur de Villefranche-de-Rouergue permet de se plonger dans l’univers mystique des fils de saint Bruno. A travers l’ensemble de ses bâtiments, il est possible de retrouver l’atmosphère dans laquelle vécurent les moines pendant plus de trois siècles. Il s’agit d’un édifice extrêmement singulier où se côtoient la sobriété de l’architecture cartusienne et la flamboyance du gothique de la fin du Moyen-Age. En effet, malgré les foudres du temps, le monastère a gardé toute sa prestance et contient des trésors que tout amateur d’art et d’histoire se doit de découvrir.

L’église est caractéristique des chapelles monastiques puisqu’elle est dotée de deux espaces, le premier réservé aux frères, le second destiné aux pères. Entre eux, une remarquable clôture de chœur du XVIIe siècle frappe l’œil du visiteur. Encadré par deux autels, il fait référence à la Vierge Marie, dont le culte est fortement présent chez les Chartreux. Une fois traversé, le visiteur peut s’émerveiller devant la splendeur des stalles réalisées par l’atelier d’André et Etienne Suplice dans les années 1470-1480. Aux pieds de l’autel doré de style baroque, il convient de souligner la présence d’un enfeu et de la pierre tombale gravée sous laquelle repose les deux fondateurs.

Chapelle Conventuelle Chartreuse
Chapelle Conventuelle Chartreuse

La Chapelle Conventuelle

Rapidement, la chapelle conventuelle et la salle du chapitre furent achevées au même titre que le petit cloître. La même année, les premiers Chartreux s’installèrent dans l’édifice.

Bien que l’on ne connaisse pas avec exactitude la date de réalisation des autres bâtiments, on peut considérer que la majorité des salles fut exécutée en 1462.

Le corps de Vézian Valette fut inhumé dans l’église en 1461 alors que celui de son épouse fut placé à ses côtés en 1482. Des bienfaiteurs furent également enterré sur le site dont François de la Rovère, évêque de Mende, en 1524.

Vestibule Chartreuse
Vestibule Chartreuse

Le Vestibule et La Salle Capitulaire

Le vestibule permet de communiquer avec la salle capitulaire et le petit-cloître. Il est important car il permet d’abriter la tabula, élément central de la vie des Chartreux. Menant une vie de solitude et de silence, ils consultait grâce à elle les tâches spirituelles qu’ils se devaient d’effectuer.

Datant du XVIIe siècle, elle est assez bien conservée et permet de comprendre comment les moines communiquaient entre eux. De plus, le vitrail de la Vierge surprend par son éclat multicolore illustrant l’Arbre de Jessé, sur lequel Marie remplace la figure du Christ.

La salle capitulaire s’organise sous la forme d’une petite chapelle en référence à la première salle capitulaire dans laquelle officiait saint Bruno. L’architecture y est sobre mais élégante et l’œil est immédiatement attiré vers le triptyque de verre du mur oriental.

On y retrouve deux Chartreux portant les armoiries des fondateurs, des anges célébrant la Gloria in Excelsis Deo ainsi que Catherine Garnier et Vézian Valette en prière devant leurs saints-patrons respectifs.

Les moines ne s’y réunissaient qu’une fois par semaine afin d’être informé des grands événements qui se passaient à l’extérieur du monastère.

Chartreuse Petit Cloître
Chartreuse Petit Cloître

Le Petit Cloître

Le petit-cloître est un joyau du gothique flamboyant. Ses douze baies furent traitées différemment et les lancettes alternent avec les soufflets et les mouchettes.

Symboliquement, il n’est pas ouvert sur la cour intérieure qui n’est visible que depuis les galeries latérales. L’une d’elle est composée d’un autel grâce auquel les moines rendaient un dernier hommage à leur proche défunt avant qu’il ne soit enterré dans le grand-cloître.

Les culots sculptés figuratifs se font la part belle au milieu des représentations végétales et stylistiques. De plus, les gargouilles, chiens, lions et créatures hybrides figés dans la pierre, permettent encore aujourd’hui l’évacuation des eaux de pluie.

Réfectoire Chartreuse
Réfectoire Chartreuse

Réfectoire Chartreuse

Le Réfectoire

Bien qu’il n’était que très peu utilisé par la communauté, le réfectoire est la salle la plus vaste du monastère.

Les bancs disposés le long des murs latéraux indiquent l’emplacement où les moines s’asseyaient lors du repas dominical.

Ce dernier, pris en silence, était relativement frugal et entrait parfaitement dans la volonté cartusienne de dépouillement de soi.

Les frères ne participaient pas à cette collation puisqu’ils ne faisaient que servir les pères déjà installés avant de se retirer dans les cuisines. En œuvre, la chaire de lecture est une réalisation remarquable où la sculpture gothique s’exprime encore une fois avec habileté et qualité.

Salle aux deux pilliers
Salle aux deux pilliers

La Salle aux Deux Piliers

Aménagée dans les anciennes cuisines du monastère, la salle d’exposition permet d’approfondir la visite à travers une série de panneaux muraux évoquant l’histoire du site et celle plus générale des Chartreux.

Cloître Chartreuse
Cloître Chartreuse

Le Grand Cloître

Le grand-cloître est le plus vaste cloître de France ouvert à la visite. Mesurant plus de 200 mètres de périmètre, il permettait de desservir les douze ermitages dans lesquels vivaient les moines. Il est encore possible de voir les portes dont certaines donnent aujourd’hui à l’intérieur du centre hospitalier.

Au cœur de la cour, un simple puits remplace l’ancienne présence d’un calvaire matérialisant l’emplacement du cimetière. Même après la mort, la vocation d’humilité du Chartreux se poursuit à travers une cérémonie discrète et mesurée.

Bien que le temps ait fait son œuvre, on recense plus de 150 corps inhuminés à l’intérieur du grand-cloître, sans tombeau et à même la terre.

La Chapelle des Etrangers

Placée contre le mur de clôture, la chapelle des étrangers, servant à l’accueil des familles et des pèlerins, fut terminée en 1528.

A la fin du XVIIe siècle, une campagne d’agrandissement donna au monastère son visage actuel, sans toutefois apporter de transformations importantes au site.

En plus de la construction de l’hôtellerie et de la surélévation du réfectoire et du clocher-mur qui domine le petit-cloître, on réalisa les boiseries des stalles des frères ainsi que la porte d’entrée du couloir menant au grand-cloître.

De nos jours

Dans un futur proche, il est envisagé la restauration d’un ermitage afin de mieux appréhender l’espace dans lequel les fils de saint Bruno demeuraient en permanence avec Dieu.

Organisé sur deux étages, il était constitué d’un atelier, d’un oratoire et d’une pièce à vivre dont le mobilier se réduisait au strict minimum.